Textes : Is 61, 1-3 ; Ps 115 ; Ep 3, 8-12. 14-19 ; Jn, 15, 9-17

Éminence, excellences, chères autorités politiques, militaires, administratives, civiles et coutumières, chers prêtres, religieux et religieuses, chers catéchistes, chers anciens séminaristes de Pabré, chers frères et sœurs, chers séminaristes,

Nous sommes réunis pour célébrer la clôture du jubilé d’eau, le jubilé des 100 ans du Petit Séminaire de Pabré. Le 25 janvier 2024, il y a un an, nous ouvrions ce jubilé sous le thème : « 100 ans du Petit Séminaire de Pabré : Deo gratias, œuvrons pour son rayonnement ». Je tiens à exprimer ma profonde gratitude au comité de pilotage du jubilé, aux fils et filles de notre Église Famille de Dieu, aux institutions et aux personnes de bonne volonté qui ont activement participé au déploiement de cette grande action de grâce.

Durant une année, nous avons rendu grâce au Seigneur pour la riche et féconde histoire de cette vénérable institution qui a valeureusement servi l’Église et notre pays. Pour bien vivre ce centenaire du premier Petit Séminaire qui est aussi le premier établissement secondaire de notre pays, nous avons étalé dans le temps, à travers différentes étapes et différentes activités spirituelles et intellectuelles la célébration ce temps de grâce. Ainsi, nous avons pu célébrer le jubilé des prêtres, le jubilé des anciens séminaristes, la messe de requiem pour les anciens séminaristes de Pabré décédés. Nous avons pu aussi organiser un forum sur l’auto-prise en charge du Séminaire et un autre sur l’éducation et la vocation. Il y a eu enfin un effort de rénovation et de réaménagement des infrastructures du Séminaire.

Il faut noter que nous clôturons ce jubilé du centenaire dans le contexte de deux anniversaires de notre Église locale. Il y a 5 jours, plus précisément, le 19 janvier, notre Archidiocèse s’est souvenu de la bénédiction du grand édifice de la Cathédrale Notre Dame de l’Immaculée Conception de Ouagadougou, le cœur de notre famille diocésaine, qui a 90 ans (1936-2026). Le caractère imposant et majestueux de cette Cathédrale dit quelque chose de la foi et de la confiance des pasteurs et des chrétiens de l’époque. Cette grande Cathédrale renvoie à l’Église invisible qui s’établissait dans les âmes et dans le pays. Dans deux semaines, nous allons nous retrouver sur la colline mariale de Yagma pour ouvrir le jubilé des 125 ans de l’évangélisation de notre Archidiocèse.

En reliant la clôture de ce jubilé de Pabré avec la Cathédrale et les débuts de l’évangélisation de notre territoire, c’est pour nous inviter à prendre conscience que le Petit Séminaire était un maillon essentiel dans l’œuvre de la mission à Ouagadougou. Ce Petit Séminaire est à l’image des sacrifices faits par les missionnaires Pères Blancs pour engendrer dans la foi les chrétiens tout comme pour construire l’édifice de la Cathédrale qui proclamait et qui continue de proclamer la majesté et la gloire de Dieu.

En effet, ce Petit Séminaire de Pabré pouvait paraître une initiative prématurée et audacieuse car les premiers chrétiens de notre pays avaient été baptisés il y avait tout juste 20 ans c’est-à-dire en 1905. Les missionnaires savaient que l’Église n’était véritablement établie dans un pays que quand des fils et des filles du pays acceptaient de courir l’aventure de la foi en devenant prêtres, religieux, religieuses et catéchistes. Ainsi, l’Église ne naît pas d’un geste isolé ni d’un projet réalisé en une seule fois mais elle nait d’une fidélité qui traverse les générations et le temps. C’est dans cet esprit que Mgr Joanny Thevenoud avait choisi Pabré pour fonder son Petit Séminaire en vue d’avoir des prêtres autochtones parce que le calme du lieu était propice aux études et à la recherche de Dieu. Le 21 novembre 1924, Mgr Joanny Thevenoud écrivait ces paroles qui rappellent le début du Séminaire : « Demain matin, nous allons à Pabré, pour marquer et piqueter les bâtiments de l’établissement projeté. Mon projet est d’en faire uniquement le Petit Séminaire dès que le nombre des élèves sera suffisant…J’espère qu’à la rentrée prochaine nous aurons un noyau d’une vingtaine de petits séminaristes. C’est bien petit, mais il faut un commencement à tout, et quand on trime, c’est déjà une consolation… Je vis surtout d’espérances, tout en remerciant le Bon Dieu de ce que nous avons déjà ». Et en juillet 1925, Mgr Joanny Thevenoud pouvait dire sa satisfaction et sa fierté en écrivant ces paroles devant l’avancée des travaux de constructions : « Voici de nouveau Pabré. Il a de la tournure, je pense avoir réussi. C’est Saint François de Sales qui sera le Patron de l’établissement. Sous et avec sa protection, j’espère qu’il sortira de là tôt ou tard de bons et fervents prêtres indigènes ». Ces paroles de Mgr Joanny Thevenoud font comprendre que le Séminaire de Pabré est né de l’audace et du rêve missionnaire de former des jeunes de notre pays à la suite du Christ pour qu’ils soient des prêtres ou des hommes qui soient d’authentiques témoins de l’Evangile. En Octobre 1925, le Séminaire accueillait sa première rentrée qui marquait la naissance de cette œuvre nouvelle et essentielle avec 17 élèves dont 11 venant des écoles cléricales et 6 moins jeunes, venant de l’école des catéchistes. En 1933, une première promotion de 8 Grands Séminaristes prenait la soutane ici à Pabré même. Ces 8 Grands Séminaristes devaient y restent pendant 2 ans le temps qu’on finisse de construire le Grand Séminaire Régionale de Koumi en 1935. Et c’est le 2 Mai 1942 que Pabré pouvait se réjouir de voir ses trois premiers anciens pensionnaires (abbé Zacharie NIKIEMA, Abbé Joseph OUEDRAOGO, Abbé Paul ZOUNGRANA) ordonnés prêtres.

Le Petit Séminaire de Pabré est parti des débuts modestes pour progressivement devenir cette pépinière de vocations sacerdotales et de laïcs engagés au service de l’Église et de notre pays. En remontant l’histoire, on peut admirer les fruits visibles de cette institution qui sont deux Cardinaux dont la cause de béatification de l’un est déjà introduite à Rome, des évêques, des prêtres, deux présidents de ce pays, de grands fonctionnaires internationaux et nationaux, de dévoués serviteurs de l’Etat et du secteur privé, dans de nombreux secteurs de la vie et de la société. On peut admirer aussi les fruits invisibles, connus de Dieu seul, fruits qui ont transformé nos familles, notre Église, notre société et notre monde. Et que dire des efforts de promotion de la culture et de l’inculturation. Cette maison de formation a été un lieu où Dieu a façonné des cœurs, a forgé des caractères et des personnalités pour le service de l’Église et du monde. Ce que cette maison de formation est aujourd’hui est la sédimentation des sacrifices de la foule immense de missionnaires, de formateurs, d’élèves, du personnel d’appui et de nombreux bienfaiteurs qui ont soutenu cette œuvre. Avec le psalmiste nous pouvons chanter : Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut en invoquant le nom du Seigneur (Ps 115, 12-13). Que le nom de Dieu soit béni.

Notre Église reconnaît que Pabré est le fruit de la grâce de Dieu. Cette vénérable institution est d’abord une œuvre de Dieu. Cette extraordinaire fécondité du Petit Séminaire se comprend en vérité à la lumière de la Parole de Dieu de cette liturgie.

En effet, le livre du prophète Isaïe annonce que l’Esprit du Seigneur consacrera l’envoyé de Dieu en lui donnant pouvoir d’apporter la Bonne Nouvelle aux humbles et aux pauvres. Ce passage du livre d’Isaïe nous rappelle que toute vocation, tout ministère, tout engagement chrétien commence par l’action de l’Esprit. Dans la synagogue de Nazareth, Jésus peut proclamer que ces paroles du prophète Isaïe s’accomplissent en sa personne. Il est le véritable envoyé de Dieu qui proclame une année de grâce, de bienfaits accordés par le Seigneur. A la suite du Christ, le chrétien et toute l’Église sont remplis du Saint Esprit pour poursuivre la mission du Christ. Cela est si vrai que les Pères de l’Église en commentant le Credo, après avoir présenté le Père, le Fils et l’Esprit Saint, ils présentent l’Église comme fruit de l’action de l’Esprit Saint et instrument pour la sanctification du monde. Ainsi, l’Esprit du Seigneur continue d’agir dans l’histoire de l’évangélisation et spécialement dans ce Séminaire. En effet, depuis sa fondation jusqu’aujourd’hui, c’est la grâce du Christ qui a porté cette institution et qui rend les pensionnaires aptes à servir aussi bien l’Église que la société. Cette glorieuse histoire du Petit Séminaire de Pabré ne nous renferme pas sur le passé mais elle invite à l’espérance et nous appelle à la responsabilité. La vie chrétienne et la formation au séminaire visent à apprendre à demeurer dans l’amour du Christ, à se laisser transformer par lui, et à porter du fruit comme nous l’enseigne Jésus dans l’Evangile. Ce jubilé est un appel à renouveler notre effort de demeurer dans l’amour du Christ et à porter du fruit pour le monde. Nous devons continuer à porter le bel héritage historique de Pabré en travaillant pour son rayonnement. Ce jubilé de Pabré nous apprend à reconnaître qu’il n’y a pas d’avenir pour notre Église sans le souci des vocations. Concrètement, nous devons avoir à l’esprit 3 (trois) interpellations :

1. Comme Église, nous devons toujours cultiver dans nos familles et dans nos communautés sacerdotales et religieuses un climat fertile où l’appel de Dieu peut être entendu. Nos familles et nos communautés sacerdotales et religieuses doivent devenir expertes dans la capacité à éveiller chez les jeunes le sens de la vocation qui est une invitation continuelle à écouter Dieu qui nous parle et nous invite à devenir ses instruments pour sa mission de salut.

2. Comme Église, nous devons travailler à créer les conditions pour que la formation soit toujours en phase avec les défis de notre monde. Nous devons accueillir les défis de ce monde avec lucidité sans oublier l’expérience centenaire de Pabré qui fait sa renommée. Cela passe par un projet de formation intégrale qui prenne en compte les dimensions humaines, intellectuelles et spirituelles.

3. Comme Église, nous devons assurer à Pabré les conditions pour son auto-prise en charge. Chacun de nous doit soutenir la formation des jeunes par la prière mais aussi par nos offrandes car la formation coûte chère. En tant que Père de notre Famille diocésaine, je demande aux hommes et femmes de bonne volonté de nous aider à relever le défi du rayonnement de Pabré afin que ce vénérable Séminaire continue de former des témoins de l’Évangile au service de l’Église et de notre pays.

Que les prières de la Sainte Vierge Marie, la Mère du Sauveur, de Saint Joseph et de Saint François de Sales nous aident à relever les défis de ce second centenaire de Pabré en permettant à cette maison d’être véritablement pépinière de vocations. Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse !

+Prosper KONTIEBO,
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou