Homélie pour la nuit de Noël 2025

Cher curé et chers prêtres, chers religieux et religieuses, chers frères et sœurs de la paroisse Cathédrale et vous tous qui nous suivez par la Radio Ave Maria, la Télévision TV Maria et les réseaux sociaux, que la célébration de la naissance de l’Enfant de Bethléem dans notre monde vous apporte la Paix et la Joie. 

Avec toute notre famille diocésaine, nous avons commencé cette année à nous préparer à vivre le jubilé des 125 ans de l’évangélisation de notre Archidiocèse qui débutera en février 2026 à Yagma pour se clôturer en février 2027. Le thème qui nous conduit cette année jubilaire est : « 125 ans de l’évangélisation à Ouagadougou : rendons grâce au Christ, fondement de notre foi et de l’espérance du monde ». Ce jubilé nous invite à nous souvenir de tous les bienfaits de l’évangélisation dans notre diocèse pour rendre grâce et en nous fondant sur le Christ, de poursuivre l’annonce de la Bonne Nouvelle à notre monde aujourd’hui qui manque d’espérance. Nous sommes réunis en cette nuit, au sein de notre paroisse Mère et en communion avec tous les chrétiens du monde qui ont cheminé durant ce temps de l’Avent, temps de conversion et d’attente, pour célébrer le grand mystère de la naissance dans notre humanité du Fils de Dieu. A nous hommes et femmes d’aujourd’hui comme il y a plus de 2000 ans, la Parole de Dieu nous oriente vers le signe humble de l’Enfant Jésus couché dans une crèche. Nous devons accueillir le message que Dieu nous donne dans son Fils Jésus qui naît dans la famille de Joseph et Marie. L’Évangile que nous venons d’entendre nous rapporte le message de l’Ange aux bergers : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 11). Cette annonce de l’Évangile est comme une invitation lancée aux croyants à savoir reconnaître la réalisation de la prophétie d’Isaïe contenue dans la première lecture. Cette prophétie longtemps attendue prend corps et la promesse devient une réalité à travers le petit Enfant de Bethléem. « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné; l’insigne du pouvoir est sur ses épaules » (Is 9, 5). Comme Joseph et Marie, comme les bergers, chacun de nous est ramené au mystère de l’Enfant Dieu dans la crèche. C’est le signe que nous devons accueillir et c’est par ce signe que nous sommes conduits progressivement à comprendre la grande nouvelle de Noël. Par le message de l’Évangile, l’ange de Dieu nous invite, croyants d’aujourd’hui, à nous mettre en chemin avec le cœur, pour voir l’enfant qui est couché dans la mangeoire. Dieu se fait petit pour nous. Il se livre entre nos mains. Il ne vient pas avec les signes de puissances. En se faisant enfant, Dieu nous invite à l’accueillir, à lui faire place dans nos vies, dans nos familles et dans notre société. En Jésus-Christ, le Verbe qui était Dieu avant les temps et par qui toutes choses ont été faites pour reprendre les paroles de l’Évangile de Saint Jean, ce Verbe « s'est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1, 14). Dieu a dressé sa tente parmi nous et il veut être notre compagnon de route pour nous conduire au bonheur véritable. En Jésus-Christ, Dieu s'est fait notre prochain, de sorte que tout ce que nous faisons à chacun de nos frères, c’est à Dieu lui-même que nous le faisons (Mt 25, 40). Dans le frêle et humble enfant de Bethléem, c’est Dieu lui-même qui nous rend visite et nous qui invite notre humanité à vivre la grande fraternité. Selon l’Écriture et l’enseignement constant de nos Pères dans la foi, le Fils de Dieu s'est fait homme afin que nous, les hommes, nous puissions être divinisés. Ainsi, le Christ a pris notre chair humaine qui pouvait mourir pour pouvoir nous communiquer la vie divine qui est sans fin. Le Christ a partagé notre condition humaine en toute chose à l’exception du péché afin de pouvoir nous élever à la vie des enfants de Dieu. Cette grande vérité de notre foi avait commencé à être mise en doute par plusieurs personnes dans l’histoire. 

En effet, Arius, un prêtre d’Alexandrie enseignait que Jésus n’était pas vraiment le Fils de Dieu mais une créature intermédiaire entre Dieu et les hommes. Un tel enseignement allait contre l’enseignement officiel de l’Église parce que selon l’Église, si Jésus n’était pas vraiment Dieu, il ne pouvait pas véritablement nous sauver. Comme on le voit, cet enseignement du prêtre Arius d’Alexandrie créait un vrai problème au sein de l’Église. Comment l’Église devait comprendre l’expression employée par l’Écriture pour dire que Jésus est le Fils de Dieu ? Et comment comprendre cela tout en restant fidèle à l’affirmation de toute l’Écriture concernant le monothéisme c’est-à-dire que Dieu est unique. L’Église était appelée à définir pour toujours la signification correcte de la foi en Jésus comme “le Fils de Dieu”. En 325, les évêques de plusieurs régions se sont réunis en Concile à Nicée pour trancher cette question autour de l’identité de Jésus-Christ. En cette année 2025, année de l’espérance chrétienne qui va prendre fin dans quelques jours, l’Église se souvient de ce grand événement qui s’est réalisé il y a 1700 ans et qui continue d’avoir une incidence sur notre Église et sur notre foi chrétienne. Le Pape Léon XIV est allé en Turquie, lors de son premier voyage, pour célébrer l’anniversaire de ce grand événement. C’est cette rencontre des évêques à Nicée, il y a 1700 ans qui a produit le Credo de Nicée qui est un patrimoine des Eglises chrétiennes que nous récitons tous les dimanches. En cette solennité de Noël, l’actualité du Concile de Nicée prend une résonance particulière et nous pouvons mieux comprendre le grand évènement de Noël en nous mettant à l’école du Concile de Nicée. A travers le Credo de Nicée, les Pères de l’Eglise affirment que l’Enfant de Bethléem est véritablement le Fils éternel de Dieu, le Sauveur du monde. Depuis 1700 ans, nous professons avec tous les chrétiens du monde ces paroles sacrées du Credo : « Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu, Lumière, née de la Lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que le Père ; et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ». Quand nous récitons ces paroles du Credo, l’Eglise nous demande de nous incliner les dimanches quand nous confessons que le Fils de Dieu a pris chair et s’est fait homme. Mais à l’occasion de la fête de Noël, l’Eglise nous demande de nous mettre à genoux. C’est une manière pour nous d’adorer ce grand mystère de l’incarnation. Dans ces paroles du Credo, nous avons la foi de l’Eglise sur le mystère de la personne de Jésus-Christ, le Fils éternel du Père. De son origine initiale au sein de la vie de la Sainte Trinité, le Fils de Dieu est venu dans notre monde, il est descendu sur terre pour nous communiquer la vie divine et nous permettre de rejoindre le ciel, la vie divine. L’Enfant Jésus est venu jeter un pont entre le ciel et la terre. Que pouvons-nous retenir comme enseignements du grand mystère de Noël ? De ce grand mystère, il y a beaucoup d’interpellations que nous pouvons tirer mais je voudrais retenir seulement trois enseignements : 

1. Dieu continue de nous donner le signe de l’Enfant Jésus dans la crèche

A travers le message de Noël, Dieu nous invite à accueillir son Fils dans l’Enfant de Bethléem et à vivre de sa vie. Car pour nous les hommes et pour notre salut, le Fils de Dieu est descendu du ciel et s’est fait homme. Le Dieu qui est éternel et Tout-puissant accepte de se faire petit, pauvre, fragile et vulnérable. La crèche, dans sa simplicité, est le signe visible de l’amour infini de Dieu qui va à la rencontre de tout homme et de toute femme. Nous devons demander la grâce de pouvoir regarder la crèche avec la simplicité, l’humilité et la foi des bergers afin de pouvoir accueillir dans la pauvreté de nos vies le grand message qui se dégage. Pour pouvoir accueillir le signe de l’Enfant dans la crèche, nous devons exercer notre regard intérieur à savoir reconnaître la présence de Dieu qui se propose et ne s’impose pas.  

2. Le message de Noël est un réconfort et une consolation pour tout croyant

Nous connaissons tous les soucis et les inquiétudes qui hantent nos sommeils et nos nuits. Nous faisons l’expérience des difficultés de nos vies quotidiennes, des soucis de santé, des problèmes dans nos familles, la question de l’éducation des enfants, de leur avenir, l’instabilité dans les foyers, la difficulté à trouver un compagnon de vie, la difficulté à trouver du travail etc… Nous n’oublions pas non plus les défis sécuritaires, les défis humanitaires avec des populations déplacées, les défis de cohésion sociale et de la réconciliation. Au cœur de ces questions, le message de Noël est un réconfort et une consolation pour tout croyant. En effet, dans le mystère de Noël, nous prenons conscience que la naissance du Fils de Dieu dans notre monde est l’expression de l’amour de Dieu qui va jusqu’à bout, sans réserve. Dieu accepte de se compromettre avec l’humanité. Noël est le fondement de notre espérance chrétienne car le Fils de Dieu s’est uni pour toujours à notre humanité. Dans l’Enfant Jésus, le visage de l’espérance chrétienne prend corps et nous accompagne dans notre histoire humaine. Dieu s’est fait chair, il est devenu un frère et il reste pour toujours le Dieu avec nous. 

3. Dans l’Enfant de Bethléem, Dieu nous a donné son Fils pour toujours 

Dieu ne s’est pas contenté de donner une grâce à notre humanité mais il a donné pour toujours son Fils unique. Dieu a donné tout ce qu’il avait de cher. Il s’est tout donné. En cela, nous comprenons que Dieu seul peut satisfaire l'homme. Seul Dieu, dans son infinité, peut satisfaire le désir infini du cœur humain. Le cœur humain est si grand que seul Dieu est capable de le combler et de le satisfaire. Pour cette raison, nous devons fonder notre vie sur le Christ. C'est la raison pour laquelle le Fils de Dieu a voulu devenir notre frère et notre rédempteur. En Jésus Christ, le ciel et la terre se rejoignent. Le ciel est venu sur la terre. C’est pourquoi à la suite de Jésus Christ, nous sommes appelés à témoigner par notre vie de la Bonne Nouvelle de Noël. Nous sommes appelés à devenir des dons pour les autres comme l’Enfant Jésus. Que cette fête de Noël nous aide à être des porteurs de cette Bonne Nouvelle comme les bergers. Que Dieu nous écoute et nous exauce.  

Mgr Prosper KONTIEBO,
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

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