Bien chers fils et filles de l’Eglise Famille de Dieu à OUAGADOUGOU

La Paix soit avec Vous !

Je vous remercie une fois de plus pour votre forte mobilisation pour le pèlerinage diocésain au sanctuaire marial de Yagma le dimanche 14 février 2010. Nous avons rendu grâce à Dieu pour l’année écoulée et la nouvelle année 2010. Nous lui avons demandé de renouveler nos forces et de consolider nos motivations pour toujours « aller au large » - Duc in Altum- dans le témoignage et la construction du Royaume de Dieu.

Daigne-t-il par Marie exaucer nos prières et consolider nos liens de fraternité dans l’Eglise Famille de Dieu.

Nous venons d’entamer avec l’Eglise universelle notre montée vers Pâques. En ce temps de grâce qu’est le Carême, je vous propose une démarche communautaire. Ainsi en guise de mandement de Carême, je vous invite à considérer les grandes lignes des défis dont je vous avais fait part à la prise de possession canonique dans la Cathédrale de l’Immaculée Conception de Ouagadougou le 13 Juin 2009.

I- « DUC IN ALTUM » : EN FAMILLE, DANS L’UNITE ET LA COMMUNION

L’expression « Eglise Famille de Dieu » est une image appropriée de la nature de l’Eglise pour l’Afrique. Elle constitue une option pastorale fondamentale qui s’impose à tous les baptisés. L’Eglise Famille de Dieu ne pourra trouver sa pleine réalisation qu’à travers des communautés suffisamment petites pour permettre des relations humaines étroites et chaleureuses. Ce sont nos CCB, Communautés Chrétiennes de Base, qui devront être des lieux d’exécution de ce projet, par l’écoute de la Parole de Dieu, la prière fervente et assidue, la vie fraternelle, la responsabilisation des membres eux-mêmes, la réflexion sur les divers problèmes humains à la lumière de l’Evangile.

L’édification de l’Eglise Famille de Dieu passe donc par l’organisation et l’animation effective des CCB. Tout baptisé a le droit et le devoir de s’y intéresser, de s’y impliquer concrètement dans un esprit de famille. On s’y efforcera de vivre l’amour universel du Christ, en prônant la réconciliation et une vraie communion entre les différents groupes et ethnies, en favorisant la solidarité et le partage, dans la chaleur des relations humaines et l’accueil, le dialogue et la confiance (Cf. Ecclesia in Africa, n°63 et 89).

Frères et sœurs, ensemble, redoublons d’efforts pour bâtir l’Eglise Famille de Dieu, à travers des CCB vivantes et missionnaires, unis dans l’amour malgré les diversités. C’est à ce prix que nous serons à même « d’annoncer Jésus-Christ » au monde.

II- « DUC IN ALTUM » : EN FAMILLE, DANS LA SAINTETE

La sainteté est une dimension fondamentale de la vie chrétienne, absolument irremplaçable pour l’accomplissement de la mission du salut de l’Eglise (Lumen Gentium n° 1). C’est dire que « Tout fidèle du Christ est appelé à la sainteté et à la mission » (Redemptoris missio, n° 90). C’est un engament qui ne concerne pas seulement certains chrétiens ou une élite de baptisés mais tout chrétien en tant que participant de la vie divine par le baptême.

Mais qu’est-ce que la sainteté ? Elle n’est rien d’autre que « ce haut degré de la vie chrétienne ordinaire », adapté à la vocation spécifique de chacun, soit dans la vie matrimoniale ou familiale, soit dans la vie sacerdotale ou religieuse. Tous les baptisés sont appelés à être parfaits comme le Père céleste est parfait (Cf. Mt 5, 48).

Dans la perspective de nous stimuler à aller au large « Duc in altum », en ce temps de Carême, je vous propose trois actions concrètes en vue de notre sanctification :

1- Connaître et vivre de la Parole de Dieu

« L’ignorance des Ecritures, c’est l’ignorance de Jésus-Christ » nous dit saint Jérôme. Et le bienheureux Charles de FOUCAULD écrira de son côté : « Si nous ne vivons pas l’Evangile, Jésus ne vit pas en nous ».

Alors mettons la Parole de Dieu au centre de notre vie personnelle et communautaire :

  • « Un chrétien, une Bible » // « Une famille, une Bible »
  • « Une paroisse, un mois de la Bible par an »

Faisons de ce Carême un temps propice à la lecture et à la méditation de la Parole de Dieu dans nos familles et dans nos CCB.

2- L’adoration eucharistique

Le sacrifice eucharistique, mémorial de la Mort et de la Résurrection du Seigneur dans lequel se perpétue le sacrifice de la croix, est le sommet et la source de tout le culte et de toute la vie chrétienne.

En union intime avec le Christ et à l’exemple de Marie femme « eucharistique » par excellence, notre Eglise Famille de Dieu devrait être « eucharistique » par la célébration digne de la Messe, en recevant le saint sacrement avec dévotion et le plus fréquemment possible, et en lui rendant le culte d’adoration qui lui est dû. A cet effet, les Eglises et les oratoires paroissiaux du Saint Sacrement seront aménagés et ouverts à l’Adoration eucharistique, notamment le premier vendredi de chaque mois.

3- La liturgie des Heures ou office divin (Bréviaire)

L’Eglise, accomplissant la fonction sacerdotale du Christ célèbre la Liturgie des Heures. Sans interruption, elle loue et supplie Dieu par le chant et la prière pour le monde entier. Aux termes du canon 1174, sont astreints à l’obligation de la Liturgie des Heures les clercs et les membres des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique selon les modalités de leurs Constitutions.

Les fidèles Laïcs sont également invités à participer à la Liturgie des Heures en tant qu’elle est une action de l’Eglise et de chaque fidèle selon sa participation au sacerdoce du Christ (Cf. Sacrosanctum Concilium, n° 95-100).

Alors, chaque paroisse est invitée à prendre les dispositions utiles pour initier et intégrer la liturgie des Heures, au moins les Laudes, à la prière de la communauté paroissiale.

Chers frères et sœurs, dans la première communauté rassemblée après l’Ascension dans l’attende de la Pentecôte, Marie était présente parmi les apôtres unis d’un « seul cœur dans la prière » (Cf. Ac 1, 14). Mettons-nous à son école et elle nous conduira au large -Duc in altum- dans notre vie d’intimité et de configuration avec son Divin Fils et la Très Sainte Trinité.

III- « DUC IN ALTUM » : EN FAMILLE, DANS L’ENGAGEMENT MISSIONNAIRE

« Allez dans le monde entier proclamer l’Evangile à toute la création » (Mc 16, 15). Tel est, chers frères et sœurs, le mandat qu’avant de monter vers le Père, le Christ Ressuscité donna à ses disciples, à toute l’Eglise, donc à tous les baptisés. La tâche d’évangéliser tous les hommes constitue dès lors la mission essentielle de l’Eglise et de tous les membres de l’Eglise Famille de Dieu. Pour ce faire, le baptisé sera « missionnaire » par le don de sa personne et de ses biens et en étant ferment du monde nouveau.

3.1- Le don de sa personne pour la mission

« Au travail de famille doit s’impliquer tout membre de la famille » enseigne la sagesse populaire de chez nous. Multiples et complémentaires sont les services pour la vie et l’épanouissement de l’Eglise Famille paroissiale ou diocésaine.

Pour permettre à l’Eglise de s’acquitter de sa tâche d’enseigner, de sanctifier et de gouverner, « le don de soi » des chrétiens est absolument nécessaire pour assumer les différents services :

  • les responsables tant au plan des Communautés de base qu’au niveau paroissial et diocésain (CPL, CDL) ;
  • les responsables des mouvements d’action catholique ou des associations diverses ;
  • les papas et mamans catéchistes, les chorales et les différents services liturgiques...

 

En outre, la problématique des vocations sacerdotales ou religieuses et des catéchistes dépend en grande partie de la générosité des familles et des personnes. A cet effet, nous devons prier instamment le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers nombreux et saints pour sa moisson.

« Allez donc, de toutes les nations faites des disciples… ! » (Cf. Mt 28,19) tel est l’ordre du Seigneur. Et pourtant nombreux sont ceux qui ne connaissent pas encore Jésus Christ : près de 75% de la population burkinabè selon le dernier recensement.

Pour relever ce grand et complexe défi missionnaire, j’exhorte chaque baptisé à s’employer à trouver « un catéchumène pour Jésus ».

3.2- Le don de ses biens pour la mission

Outre les moyens humains, l’évangélisation requiert des moyens matériels et financiers dont nos diocèses et paroisses sont loin de disposer suffisamment. Il est donc urgent d’œuvrer ensemble pour que notre Eglise Famille parvienne à assurer son auto- financement, son auto-prise en charge matérielle et financière. Cela ne commencera à être une réalité que si chaque baptisé se fait le devoir de s’acquitter du Denier du culte qu’il doit verser annuellement.

Au Burkina Faso et au Niger une harmonisation a été faite par les Evêques de la Conférence épiscopale à leur Assemblée Plénière annuelle de février 2010 à Fada N’Gourma.

Voici ce que les évêques croient devoir demander à chacun au minimum :

  • Aux salariés du public et du privé et autres professions libérales : au moins l’équivalent de trois journées de travail.
  • Aux non salariés et aux paysans : au moins mille francs (1000 frs) ou l’équivalent en nature.
  • Aux jeunes : cinq cents francs (500 frs).
  • Aux enfants confirmés : deux cents francs (200frs).

Les pasteurs sensibiliseront les fidèles à leur devoir et prendront chaque année les mesures nécessaires à la collecte du denier de culte.

Où payer son denier du culte ? Dans la paroisse où l’on a son domicile ou quasi domicile. Pour les vagi, c’est-à-dire les sans domicile fixe, dans la paroisse où ils habitent de fait.

La dîme et autres dons en nature ou argent restent des contributions possibles et souhaitables pour ceux qui le peuvent et le veulent.

3.3- Ferment du monde nouveau

La deuxième assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques tenue à Rome en octobre 2009 souligne avec force le rôle des fidèles laïcs qui participent à la triple mission du Christ Prêtre, Prophète et Roi. Ils sont appelés à vivre leur vocation et leur mission, à tous les niveaux de la vie, particulièrement dans les domaines socio-politique, socio-économique et socio-culturel. Ils deviennent ainsi « sel de la terre » et « lumière du monde » en servant la réconciliation, la justice et la paix.

Notre pays connaîtra des élections présidentielles en novembre 2010. Que Marie, Reine du Burkina, nous obtienne de vivre des élections libres, équitables et transparentes pour garantir la paix sociale et le Bien Commun.

Soyons des promoteurs et des artisans de réconciliation, de justice et de paix dans l’Eglise et dans le monde. Pour cela laissons-nous nous-mêmes réconcilier par Dieu en ce temps de Carême.

Chers frères et sœurs, tout en nous appliquant à vivre un Carême fructueux aux niveaux individuels et communautaires au sein de nos CCB et paroisses, tournons-nous vers la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Jésus et notre Mère.

  • Prions-la pour les prêtres en cette année sacerdotale ainsi que pour les catéchumènes qui se préparent au baptême.
  • Demandons-lui de soutenir nos efforts de pénitence et de conversion pour que dans notre préparation à Pâques nous soyons toujours plus disponibles pour bâtir une Eglise Famille de Dieu sainte, unie et engagée sur le terrain missionnaire.

 

+Monseigneur Philippe OUEDRAOGO
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

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