DEMANDER AVEC FOI

20ème dimanche du Temps Ordinaire – Année A

 

En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »
Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »
Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »
Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. (Matthieu 15,21-28)

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

 

La prière de demande a été fortement critiquée au fil de ces dernières années. L'homme éclairé des temps modernes ne parvient pas à se placer dans une attitude de supplication devant Dieu, car il sait que Dieu ne modifiera pas le cours naturel des événements pour satisfaire ses désirs.

La nature est une "machine" qui fonctionne selon des lois naturelles, et l'homme est le seul être qui puisse agir et transformer partiellement le monde et l'histoire par son intervention.

La prière de demande est alors mise de côté pour cultiver d'autres formes de prière telles que la louange, l'action de grâce ou l'adoration, qui peuvent mieux s'harmoniser avec la pensée moderne.

À d'autres moments, la supplication de la créature envers son Créateur est remplacée par la méditation ou l'immersion de l'âme en Dieu, le mystère ultime de l'existence et la source de toute vie.

Néanmoins, la prière de supplication, si controversée en raison de ses possibles malentendus, est décisive pour exprimer et vivre dans la foi notre dépendance de créature à l'égard de Dieu.

Il n'est pas surprenant que Jésus lui-même fasse l'éloge de la grande foi d'une femme simple qui sait plaider avec insistance pour obtenir de l'aide. Dieu peut être invoqué dans n'importe quelle situation. Q partir du bonheur et de l'adversité ; comme à partir du bien-être et de la souffrance.

L'homme ou la femme qui adresse sa requête à Dieu ne s'adresse pas à un Être apathique ou indifférent à la souffrance de ses créatures, mais à un Dieu qui peut sortir de sa réserve et montrer sa proximité à ceux qui le supplient.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Non pas pour utiliser Dieu pour atteindre nos objectifs, mais pour rechercher et demander la proximité de Dieu dans cette situation. Et l'expérience de la proximité de Dieu ne dépend pas en premier lieu de l'accomplissement de nos souhaits.

Le croyant peut faire l'expérience de la proximité de Dieu de plusieurs manières, indépendamment de la façon dont notre problème est résolu. Souvenons-nous de la sage admonition de saint Augustin : "Dieu entend ton appel si tu le cherches. Il ne t'entend pas si, à travers lui, tu cherches autre chose".

Ce n'est pas le moment de l'accomplissement final. Le mal n'est pas encore totalement vaincu. L'orant fait l'expérience de la contradiction entre le malheur qu'il subit et le salut définitif promis par Dieu. C'est pourquoi toute supplication et requête concrète adressée à Dieu est toujours enveloppée dans cette grande supplique que Jésus lui-même nous a enseignée : "Que ton règne vienne", le règne du salut et de la vie définitive.

Auteur : José Antonio Pagola
Traducteur : Carlos Orduna, csv