Cathédrale de Ouagadougou

«Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes qu’il aime » (Lc 2, 14). En cette nuit très sainte de Noël, nos yeux restent fixés sur l’enfant Jésus, le sauveur en qui toute notre espérance humaine et chrétienne reste fixée. C’est Noël, « un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur, Emmanuel Dieu avec nous ! ». L’Église universelle accueille ce message de grâce et notre Eglise particulière, au Burkina Faso, dans un contexte socio-politique et sécuritaire fragilisé, veut s’unir à la joie des bergers, et faire de cette naissance du Sauveur, une renaissance pour notre Pays. Le prophète Isaïe ravive notre espérance en chantant la puissance du sauveur qui vient briser les chaines de l’esclavage, sécher les larmes, panser les blessures et apporter la paix ! En cette nuit de Noël, le message du Christ Sauveur comporte de multiples dimensions qui peuvent nous aider à transformer notre vie, notre milieu de vie et notre monde.

I. Une première dimension : Noël nous enseigne à avoir un cœur ouvert aux souffrances humaines

Le Pape François dans sa lettre apostolique Admirabile signum sur « la signification et la valeur de la crèche », présente la personne du Petit Jésus comme la lumière capable de changer nos cœurs en cœurs d’enfants, à l’image de son propre cœur. L’enfant Dieu en naissant dans une bergerie, au cœur de la pauvreté et de la simplicité de cette maternité, nous enseigne la compassion et la solidarité avec les personnes qui sont à la marge de nos sociétés humaines. Il ouvre sa crèche aux bergers et les anges leur apportent la Bonne Nouvelle au milieu de la nuit. Emmailloté et couché dans une mangeoire, le Christ se fait plus proche de la souffrance humaine, et défie toutes les perspectives d’un monde accroché aux suffisances matérielles, aux soit disant valeurs de ce monde qui passe. La quête du luxe, du confort, de la puissance, du bien-être matériel, la course au gain ; la soif inassouvie de la mondanité, se courbent toutes, devant la simplicité, de ce Dieu qui s’abaisse pour être plus proche de nous, plus saisissable et tangible. L’incarnation du Christ, nous plonge dans l’incarnation de notre propre humanité, dans un abaissement qui nous invite à méditer sur la simplicité, sur l’humilité. La foi en l’incarnation véritable du Fils de Dieu est le signe distinctif de la foi chrétienne (CEC, 463), et un impératif pour tout chrétien à devenir partie intégrante de la vie humaine, à communier aux souffrances des marginalisés. A cet effet, j’invite tous les fils et filles de notre Église Famille de Dieu à abattre les murs de l’indifférence, pour qu’enfin s’ouvrent les portes de nos crèches humaines, des crèches-familles qui accueillent les pauvres, les mendiants, les déplacés qui vivent dans les logis de fortunes, mourant de froid et de faim. Noël est une occasion pour accueillir un frère, une raison pour ne plus fermer la crèche de nos cœurs aux cris et aux pleurs de tant d’hommes et de femmes, de veuves et d’orphelins confrontés à d’énormes souffrances.

II. Une seconde dimension : Noël nous donne de travailler à l’intégration des peuples et des ethnies

L’Évangile commence avec un recensement ! Cet aspect pourrait passer inaperçu, ou paraître même insignifiant. « En ces jours-là parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre. Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine ». Le recensement dans la Rome antique avait pour but de redonner de la valeur à l’existence humaine, en établissant la liste de tous les citoyens et leurs biens meubles et immeubles. Il permettait ainsi tous les 5 ans de donner vie et reconnaissance à tous les peuples et à chaque individu. Le Christ nait au cœur d’un recensement, lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie, et est compté parmi les hommes. Noël devient une fête de l’intégration humaine, une intégration qui touche toutes les cultures, les races et les ethnies qui partagent le sol Burkinabé. Une valeur qui est reconnue à toute nation, est son intégrité, sa capacité d’intégrer l’autre, quelque soit son ethnie, sa langue, sa condition sociale, sa religion, ses options politiques. La naissance du Christ est un signe que la divinité s’ouvre à l’humanité en cette nuit, pour éclater les barrières ségrégationnistes, xénophobes, ethnicistes. Dans de nombreux Pays africains, des génocides et des violences de tous ordres ont été perpétrés, parce que des peuples étaient opprimés et discriminés, sans aucun essai de dialogue et de concertation. Le Pape Paul VI dans son Encyclique Populorum Progressio, décline l’axe fondamental de cette intégration des hommes : « Les disparités économiques, sociales et culturelles trop grandes entre peuples provoquent tensions et discordes, et mettent la paix en péril - Combattre la misère et lutter contre l'injustice, c'est promouvoir, avec le mieux-être, le progrès humain et spirituel de tous, et donc le bien commun de l'humanité. La paix ne se réduit pas à une absence de guerre, fruit de l'équilibre toujours précaire des forces. Elle se construit jour après jour, dans la poursuite d'un ordre voulu de Dieu, qui comporte une justice plus parfaite entre les hommes (Populorum Progressio, 76). J’invite tous les chrétiens, en cette nuit de noël à être des acteurs d’intégration, des témoins convaincus, à travailler à éradiquer les injustices, la haine et la stigmatisation. J’appelle le Gouvernement à œuvrer pour la protection et le développement intégral des peuples minorés. Notre Intégrité dépendra de notre capacité à intégrer les peuples, les ethnies, dans une culture de la paix, du dialogue et du développement.

III. Une troisième dimension : Noël nous invite à travailler pour un monde nouveau, fait de réconciliation, de justice et de paix

L’incarnation du Christ transforme notre humanité et recrée un monde nouveau. L’Apôtre Paul en écrivant à son disciple Tite dans la seconde lecture, nous enseigne à rejeter la vie sans Dieu et les désirs propres de ce monde, et à mener dans le temps présent une vie de sobriété, de justice et de sainteté. Cette nouvelle vie qui nous est donnée prend racine dans la naissance même du Sauveur, qui, de par son incarnation, crée un ciel nouveau et une terre nouvelle, une terre de justice et de sainteté. Le Verbe s’est fait chair pour être notre modèle de sainteté et de paix (CEC, 459). Le prophète Isaïe décrit la qualité de l’Enfant Dieu, qui bouleverse les ordres du monde, rétablissant le droit et la justice. Il le qualifie de prince de la paix. Cette qualité qui est due au messie doit inspirer notre conscience humaine, pour créer la paix et faire la paix. Tout homme, toute société humaine aspire à la paix. La paix en effet trouve sa source au plus profond du cœur humain. La paix, nous rappelle le Pape François est un édifice « sans cesse à construire, un chemin que nous faisons ensemble, en cherchant toujours le bien commun ».

Le rôle de l’État est capital, participatif et irremplaçable. La volonté politique doit toujours être revigorée afin d’initier de nouveaux processus qui réconcilient et unissent les personnes et les communautés sans exclusions quelconques, ni manipulations politiciennes. On ne peut parvenir vraiment à la paix que lorsqu’il y a un dialogue convaincu d’hommes et de femmes qui cherchent la vérité au-delà des idéologies et opinions diverses. Dans la situation que nous vivons au Burkina Faso, l’Etat et les Forces de Défense et de Sécurité doivent poursuivre inlassablement leurs efforts pour sécuriser notre « maison commune » et protéger les populations désemparées.

Une synergie d’action, sans calculs d’intérêts, doit être promue entre partenaires locaux et internationaux pour permettre de relever le défi de la sécurité et de la paix.

Puisse un sursaut national de tous les burkinabé, dans l’unité, la solidarité et un dialogue sincère sans exclusion, favoriser l’avènement d’une paix véritable et durable.

Chers chrétiens, la paix que nous recherchons est un chemin de réconciliation dans la communion fraternelle. Dans cette perspective, l’Evangile invite tous les hommes à se regarder réciproquement comme des personnes dont la vie est sacrée, à se regarder comme des enfants de Dieu, comme des frères et sœurs. L’autre ne doit jamais être enfermé dans ce qu’il a pu dire ou faire. C’est seulement en choisissant la voie du respect qu’on pourra rompre la spirale de la vengeance, de la violence meurtrière et entreprendre le chemin de l’espérance, de la réconciliation, de la paix véritable. La paix ne va pas sans le pardon mutuel. Rappelez-vous l’échange de Pierre avec Jésus dans l’Évangile : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi ; combien de foi dois-je lui pardonner ? Jusqu’à 7 fois ? Jésus lui répond : je ne te dis pas jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à soixante dix fois sept fois » (Mt 18,21).

Le chemin de la réconciliation nous appelle à trouver dans le fond de notre cœur, la force du pardon, et la capacité de nous reconnaitre frères et sœurs.

Frères et sœurs, en cette nuit très sainte de Noël, rendons grâce au Seigneur pour la naissance du Sauveur promis et donné pour la Rédemption de tous les hommes. Qu’il fortifie les chrétiens dans la foi, l’espérance et la charité, et ouvre les yeux et les cœurs de tous les humains à la Bonne Nouvelle du salut. Et que par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère du Prince de la paix, le Seigneur comble le Burkina Faso et ses populations d’abondantes grâces de réconciliation, de justice et de paix.

À toutes et à tous, heureuse et sainte fête de Noël !

+Philippe Cardinal OUEDRAOGO,
Archevêque métropolitain de Ouagadougou

 

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