32ème Dimanche du Temps Ordinaire

Journée de la Miséricorde à Yagma avec 1500 déplacés internes

10 Novembre 2019

Excellences,
Chers frères et sœurs,

La grâce et la paix de notre Seigneur Jésus Christ soient toujours avec vous !

Avant tout propos, béni soit Dieu qui nous comble de toutes sortes de biens dont la présente journée, sous le signe de la Miséricorde Divine autour de nos frères et sœurs déplacés internes en raison des attaques terroristes meurtrières.

Bienvenus à toutes les autorités administratives et politiques, militaires et paramilitaires, religieuses et coutumières. Merci de votre solidarité et de votre compassion envers nos frères et sœurs affligés, confrontés à la précarité et à des souffrances multiformes.

Au nom de tous les bénéficiaires, j’exprime notre sincère gratitude à toutes les généreuses bonnes volontés qui ont soutenu la rencontre de ce jour par le don de leurs biens financiers ou en nature (vivres). Et merci à tous ceux qui ont offert leurs personnes, leurs temps et leurs compétences pour organiser et coordonner toutes les activités de cette journée de miséricorde, de solidarité et d’espérance.

Et enfin, merci à tous les déplacés, venus de près ou de loin, pour cette journée de prière, de consolation, de fraternité et d’espérance. Daigne le Seigneur, Dieu des vivants et des morts, bénir notre journée et nous combler au-delà de nos attentes.

I. Pourquoi une telle journée de rencontre fraternelle à Yagma ?

Notre cher pays le Burkina Faso, et notre Église Famille de Dieu ont la mission d’accueillir et de célébrer le 4ème Congrès de l’Afrique et Madagascar sur la Miséricorde Divine. L’Organisation des Congrès de la Divine Miséricorde remonte au Pape Saint Jean-Paul II. Dans sa lettre Encyclique « Dives in Misericordia » (1980), il invitait à une nouvelle prise de conscience du besoin de la miséricorde de Dieu dans la vie de l’homme et dans notre monde d’aujourd’hui en proie à de multiples maux. Il ressort donc que : d’une part, notre monde a plus que jamais besoin de la Miséricorde Divine pour créer les conditions du vivre-ensemble aussi bien dans les relations humaines que dans les structures sociales, et d’autre part, la Miséricorde Divine trouve de nouvelles expressions au contact des cultures et des différentes réalités spatio-temporelles.

Le 1er Congrès Mondial sur la Miséricorde Divine fut organisé à Rome en 2008. A l’instar des autres Continents, la Région Afrique et Madagascar a tenu ses 2 premiers Congrès au Nigéria en 2008 et 2013. Le dernier Congrès Panafricain en date est celui de Kigali au Rwanda en 2016, sur le thème : « La Miséricorde Divine, source d’espérance pour la Nouvelle Evangélisation ». Ce Congrès a été l’occasion de consacrer l’Afrique et Madagascar à la Miséricorde Divine. C’est à l’issue du Congrès Panafricain de Kigali que le Burkina Faso a été sollicité pour organiser et célébrer le 4ème Congrès d’Afrique et de Madagascar. La Conférence Episcopale Burkina Niger a accueilli favorablement le 4ème Congrès d’Afrique et de Madagascar qui se tiendra donc à Ouagadougou, du 18 au 24 Novembre 2019. Les évêques de la Conférence Episcopale en ont déterminé le thème : « La Miséricorde Divine, une grâce pour notre temps ».

Ce 4ème Congrès se veut un rassemblement de croyants dans leur diversité pour célébrer, promouvoir et vivre la fraternité sous le signe de la Miséricorde Divine. Cela constitue une opportunité pour relever les défis brûlants de l’Afrique et Madagascar, tels que la pauvreté, les guerres, les terrorismes, le tribalisme, la mal-gouvernance, la corruption, les différents maux qui affligent le Continent Africain.

En outre, ce 4ème Congrès sera également une réponse à l’appel du Pape Jean-Paul II qui veut « Qu’ensemble, nous puissions donner à notre monde de nouveaux signes d’espérance, en agissant pour que grandissent la justice et la solidarité, et que s’affirme une nouvelle culture de la vie humaine, pour l’édification d’une authentique civilisation de la vérité et de l’amour » (Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n°6).

Dans les perspectives du Pape Saint Jean-Paul II, pour vivre la solidarité et promouvoir une culture de la vie humaine, et une civilisation de la fraternité et de l’amour, nous avons conçu la célébration dans une triple démarche :

- Une soirée de la miséricorde le 01 novembre 2019 à Ouaga 2000 : ce fut une belle rencontre qui a regroupé des hommes et des femmes de bonne volonté, de toutes appartenances ethniques, religieuses, politiques. Au nom de notre Eglise Famille de Dieu, nous exprimons notre sincère gratitude à tous ceux qui ont accueilli positivement l’initiative et ont manifesté concrètement leur solidarité avec les déplacés par des dons généreux en nature (vivre) et en espèces. Daigne le Seigneur rendre à chacun au-delà de sa générosité.

- Une journée de la Miséricorde autour des déplacés à Yagma : Yagma est un haut lieu spirituel, dédicacé à la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Jésus, Mère de l’Eglise, notre Dame du Burkina Faso. Comme l’enseigne l’adage de notre savane africaine, « Biig tar ma, a tar zom » : si l’enfant a une mère, il ne manquera pas de farine. Le Seigneur seul connait « la farine » dont ont besoin le Burkina Faso et nos populations meurtries, déplacées. Nous allons donc prier, pour les vivants et les morts. Ensemble, nous allons offrir le Saint sacrifice du Christ pour tous nos frères et sœurs défunts, victimes de toutes les attaques terroristes meurtrières. Nous prions pour tous ceux qui sont morts et nous prions pour la conversion de tous ceux qui font mourir.

Ensemble, nous allons confier à la Miséricorde Divine, tous nos frères et sœurs, déplacées internes. Les œuvres de Miséricorde que nous voulons vivre à Yagma et ailleurs sont des actions charitables par lesquelles nous venons en aide à notre prochain dans ses nécessités corporelles et spirituelles : nourriture, boisson, dignité, santé, liberté (Pape François, Misericordiae vultus, n°15).

- Le Congrès de la Miséricorde Divine du 18 au 24 Novembre 2019 aura pour préludes, la soirée de la miséricorde et la journée de miséricorde à Yagma. Puissent ces différentes étapes, nous permettre de devenir des hommes et des femmes de miséricorde, pour un vivre ensemble plus fraternel et plus solidaire.

II. Interpellations à l’adresse de tous les burkinabé

Dans l’évangile de ce 32ème Dimanche du Temps ordinaire (Lc 20, 27-38), Jésus nous livre un enseignement sur la Résurrection des morts. Les saducéens dont il est question dans l’Évangile représentent une secte juive dont les membres appartiennent à l’aristocratie sacerdotale de Jérusalem. Ils considéraient comme une intervention humaine, la croyance en la résurrection, l’existence d’une vie après la mort. Pour justifier leur position, ils exposent à Jésus un cas absurde : la femme qui a épousé successivement sept frères. L’évangéliste Saint Luc veut rappeler à tous que la résurrection n’est absolument pas un simple retour à la vie d’avant la mort. Elle appartient au monde divin et ne se comprend qu’à partir de la résurrection de Jésus. Après sa résurrection, le Seigneur Jésus vit dans la Famille divine, où il attend ses frères et disciples, destinés à le retrouver après leur mort sur terre. Ressusciter, c’est vivre la vie du Dieu vivant, c’est être fils et filles de Dieu. Les disciples doivent simplement faire confiance.

Ainsi, en célébrant la messe pour tous les défunts, l’Église les confie à la miséricorde divine, pour qu’il les purifie de toutes fautes et les accueillent en son amour, auprès de lui pour toujours.

Depuis 2015, des familles innombrables sont endeuillées. La dernière attaque du mercredi 06 novembre a causé des dizaines de victimes et des blessés. Au nom de notre Eglise Famille de Dieu, je présente nos condoléances et toute notre compassion aux familles éplorées et nos vœux de prompt rétablissement aux blessés.

Comme j’aime à le dire souvent : « La paix est un don de Dieu et le fruit des efforts des hommes ». Pour nous chrétiens, notre première arme pour vaincre le terrorisme et promouvoir la paix, une culture de la paix, et non une culture de la mort, c’est bel et bien la prière. « Notre Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (cf. Lc 20, 38). Alors, il ne saurait abandonner son peuple. Redoublons donc nos efforts de prière confiante : chaque jour à la célébration eucharistique avec la prière pour le Burkina Faso. En outre, à partir de la 1ère semaine de l’Avent 2019, nous initierons une chaine de prière continue : Chaque paroisse une semaine et les mouvements et associations catholiques prendront le relais pour couvrir les 52 semaines de l’année liturgique A. A cet effet, la commission diocésaine de liturgie est sollicitée pour élaborer et mettre à la disposition de tous, un fascicule approprié.

La paix est le fruit des efforts de l’homme : chaque citoyen, où qu’il se trouve et quelque soit son niveau de responsabilité, doit œuvrer, collaborer, apporter sa contribution personnelle pour promouvoir la paix combien nécessaire au Burkina Faso et dans le monde. Notre légendaire vivre-ensemble ethnique et religieux est durement éprouvé. Plusieurs régions du pays sont régulièrement attaquées, notamment le sahel, l’Est, le Centre-Nord. Les forces de défense et de sécurité sont des cibles principaux : militaires, gendarmes, policiers ont payé un lourd tribut. La population civile est attaquée et tuée dans les mosquées, les temples et les églises. Dans les marchés et certains axes routiers et lieux publics, des civiles sont tués, traumatisés et contraints d’abandonner champs, maisons, bétails et avoir. Les activités socio-économiques semblent plombées et paralysées dans de nombreux départements ministériels et secteurs d’activités.

Face à une telle situation, nous devons parler de miséricorde, de solidarité en faveur d’une véritable politique de prise en charge des déplacés, une bonne politique au service de la Paix, une paix véritable et durable. Toutes les populations qui ont fui leurs champs et leurs villages, sont incontestablement devenues dépendantes, et cela pour un certain temps. Il est de notre devoir de réagir généreusement, sans attendre d’en faire, un sujet politique, sur lequel s’appuyer pour battre des campagnes électorales 2020.

J’invite chacun de nous à considérer sérieusement cette question humanitaire, par des actes généreux. On a l’impression que les citadins, notamment les Ouagalais, vivent dans une insouciance coupable, eu égard à la situation des populations traumatisées et déplacées : On boit, on danse (…) les syndicats continuent des revendications corporatistes et semblent vivre dans un monde autre que le Burkina Faso en proie au terrorisme.

La miséricorde que nous devons vivre, nous mobilise autour des personnes en situation de souffrance : pouvoir administratif et politique, partis politiques, société civile, autorités militaires et paramilitaires, coutumières et religieuses, femmes, hommes, jeunes, tous doivent dépasser les intérêts strictement individuels et corporatistes pour regarder dans la même direction, se mobiliser ensemble pour donner une réponse historique conséquente de la défense de la Patrie en danger. Les autorités étatiques doivent jouer leur rôle régalien pour la défense de la nation et des populations.

Il faut absolument promouvoir une culture de la paix, une culture du dialogue interreligieux et interethnique, du respect mutuel des différences légitimes et complémentaires. Il nous faut redoubler d’effort dans ce sens et vaincre les tendances intégristes, radicalistes et xénophobes. Il nous faut tous devenir des « artisans de Paix », et réaliser la réconciliation et l’unité nationale de tous les fils et filles du Faso.

Dans cette perspective, le rôle des religions dans la recherche de la paix dans le monde et dans la coexistence pacifique est primordial. Ayons en mémoire la très heureuse initiative prise par Saint Jean-Paul II en 1986 de convoquer à Assise la Journée mondiale de prière pour la paix à l’intention des représentants de toutes les grandes religions mondiales. Une telle initiative ne peut qu’encourager tous les responsables religieux et tous les croyants derrière eux, pour un témoignage plus crédible de notre appartenance religieuse. En effet, le rôle essentiel de la religion et même sa nature est de relier les hommes entre eux pour les tourner vers le Créateur.

Chers amis, à n’en point douter, le 4ème Congrès sur la Miséricorde Divine, peut être considéré comme une opportunité pour notre Continent Africain, et pour le Burkina Faso en particulier. Dieu bénisse nos efforts, bénisse notre Pays le Burkina Faso et nous comble de sa Paix!

+ Philippe Cardinal OUEDRAOGO,
Archevêque Métropolitain de Ouagadougou

 

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