Éminence, excellence, chers confrères prêtres, chers religieux et religieuses, chers catéchistes, chers frères et sœurs dans le Christ, chers séminaristes de Pabré, nous sommes réunis ce soir pour célébrer la clôture du presbyterium de l’Archidiocèse de Ouagadougou qui a permis de tracer les grandes lignes et de fixer les repères de notre année pastorale 2025-2026.
Durant deux jours, les prêtres en communion avec notre Père de famille, Mgr Prosper KONTIEBO, ont prolongé et approfondi les travaux commencés par le Conseil Pastoral de l’Archidiocèse de Ouagadougou, Conseil Pastoral qui rassemble les différents responsables laïcs, religieux et religieuses des paroisses et des institutions de notre Archidiocèse. A travers ces différents responsables, ce sont toutes les sensibilités de notre famille diocésaine qui étaient appelées à coopérer pour qu’ensemble nous puissions fixer les étapes pour notre marche commune durant cette année. Le comité de pilotage de la célébration du centenaire du Petit Séminaire Saint François de Sales de Pabré a profité de ce rassemblement des prêtres de notre famille diocésaine pour proposer une célébration du jubilé des prêtres. 1925-2025, voilà 100 ans que cette pépinière des vocations existe au service de l’Eglise et de la société. En jetant un regard sur ces 100 ans, il y a tant de motifs pour rendre grâce à Dieu car le Séminaire a joué un rôle essentiel et déterminant aussi bien dans la vie de l’Eglise que dans la société. Les nombreux fruits réalisés par le Petit Séminaire de Pabré dans plusieurs domaines ne font pas oublier que la vocation de cette institution est d’abord de former des jeunes en vue du sacerdoce ministériel. On estime que sur près de 3200 pensionnaires qui sont passés par Pabré, on évalue autour de 240 les prêtres qui y sont sortis. Le pourcentage de réussite est très faible si nous voulons appliquer des critères simplement humains. Mais la logique de l’Evangile est d’un autre ordre car Jésus est le Semeur de la Parabole qui sème à profusion avec une générosité surprenante sa graine dans le cœur des hommes. Il sait que beaucoup sont appelés mais peu sont élus. Mais l’Eglise, en poursuivant cette œuvre malgré les coûts exorbitants et le pourcentage de réussite modeste, l’Eglise croit que tous ceux qui reçoivent une formation humaine et chrétienne solide peuvent devenir des laïcs engagés au service du monde. En célébrant le jubilé des prêtres dans le cadre du jubilé des 100 ans du Petit Séminaire de Pabré, c’est un rappel fort de la première vocation du Séminaire et une occasion de rendre grâce à Dieu pour les prêtres que cette institution a donné à notre Eglise pour le service du peuple de Dieu et du monde.
La Parole de Dieu que la liturgie nous propose dans le cadre du mercredi de la 25ème semaine du temps ordinaire est providentielle. En effet, elle permet de voir au cœur des préoccupations de la nouvelle famille de Jésus, qu’une attention spéciale est accordée à la convocation des douze en vue d’une mission particulière : le pouvoir et l’autorité sont donnés aux douze pour dominer tous les esprits mauvais et guérir les maladies. L’Evangile nous permet de comprendre l’importance et le rôle irremplaçable du ministère apostolique c’est-à-dire la fonction des Apôtres et leur prédication, fonction et prédication qui se prolongent dans le ministère des évêques et de leurs collaborateurs les prêtres. Ce ministère apostolique qui est prolongé dans le ministère des évêques est une donnée constitutive du mystère de l’Eglise. En effet, l’Eglise est fondée sur les Apôtres et pour cela, elle est apostolique. Le fait que l’Eglise soit fondée sur les Apôtres et leur prédication permet d’assurer la succession apostolique et la garantie de fidélité de l’Eglise au Christ.
C’est en fidélité avec cette conception du mystère de l’Eglise que les missionnaires Pères Blancs avec à leur tête le chef de mission et fondateur de l’Eglise dans notre pays, Mgr Joanny THEVENOUD, ont travaillé pour la création Petit Séminaire de Pabré. L’Eglise a conscience qu’un peuple qui n’a pas encore ses propres fils prêtres, religieux, religieuses et catéchistes est un peuple qui n’a pas encore accueilli pleinement la Bonne Nouvelle. L’adhésion total d’un peuple à l’Evangile doit aussi passer par le sacrifice qui consiste à donner ses fils à Dieu pour être sa propriété exclusive et pour qu’ils travaillent pour la cause de l’Evangile. Pour parvenir à cette adhésion pleine de nos populations au Christ, les missionnaires Pères Blancs avaient mobilisé leurs forces et leurs ressources pour que le Petit Séminaire de Pabré puisse vivre. Et Mgr J. THEVENOUD était prêt à fermer des paroisses pour faire vivre son Petit Séminaire. D’ailleurs, le nombre de 6 formateurs présents à Pabré pour 66 élèves en 1938 était le signe que le Séminaire était véritablement la prunelle de ses yeux. Le Petit Séminaire était le cœur de la mission. C’est pourquoi Mgr Joanny THEVENOUD pouvait affirmer le 2 Mai 1942 que c’était déjà une trop grande joie pour lui d’ordonner les 3 premiers prêtres : « Je me sens confus devant mon indignité. Vraiment je ne comprends pas pourquoi le bon Dieu me gâte ainsi. De tous ceux qui ont commencé l’évangélisation de ce pays, qui ont travaillé les premiers à l’œuvre du Séminaire, je suis le seul à demeurer dans la Mission. C’est curieux quand même…. S’il est une chose dont je puis être fier, c’est de donner à ce pays un clergé qui soit à la hauteur de sa tâche. J’ai dit aux Pères professeurs : Donnez-leur la même instruction, la même éducation que vous-même vous avez reçues. Donnez-leur tout ce que vous pouvez ; éduquez-les de manière à n’avoir pas de répugnance à vivre avec eux plus tard, mais qu’au contraire vous éprouviez une très grande joie à travailler avec eux dans l’apostolat… ». Et le 3 Mai 1942, le lendemain des premières ordinations presbytérales, Mgr J. THEVENOUD disait aux trois premiers jeunes prêtres : « Je vous redis aujourd’hui ce que le Christ dit un jour à ses Apôtres : Comme mon Père m’a envoyé je vous envoie… Le bon Dieu m’a envoyé ici, moi aussi je vous envoie vers ce peuple, vers vos frères. Soyez pour eux de bons guides, soyez leur lumière, et conduisez-les, aussi nombreux que possible, au seuil de l’Eternité ». Ces recommandations de Mgr J. THEVENOUD ont été accueillies par les trois premiers prêtres et ceux qui les ont suivis, ont essayé de les vivre avec la grâce divine.
Ainsi, dans la galerie des figures marquantes de pasteurs issus de Pabré, nous pouvons nous faire une idée en évoquant quelques noms sans vouloir être exhaustif : le Cardinal Paul ZOUNGRANA, Mgr Zacharie NIKIEMA, Mgr Joseph OUEDRAOGO, Mgr Dieudonné YOUGBARE, Mgr Denis TAPSOBA, l’abbé Joseph BEMBAMBA, l’abbé Robert OUEDRAOGO, l’abbé André Jules BONKOUNGOU, Mgr Jean-Baptiste KIENDREBEOGO, Mgr Wenceslas COMPAORE, Mgr Jean-Marie COMPAORE … Que tous ces évêques et ces prêtres défunts reposent dans la paix du Christ. Mais il y a encore ceux qui ont travaillé et qui sont encore parmi nous. On peut citer le Cardinal Philippe OUEDRAOGO, Mgr Jean-Baptiste SOME, Mgr Thomas KABORE, Mgr Séraphin François ROUAMBA, l’abbé Alexandre ZONGO, l’abbé Pascal OUEDRAOGO, Mgr Marius KINDA, l’abbé René ZOUNGRANA… Ces figures et les autres nous permettent de comprendre tout le travail gigantesque qui a été réalisé au cours de ces 100 ans.
En célébrant les 100 ans du Petit Séminaire de Pabré, c’est un appel pour les prêtres à prendre conscience des sacrifices que fait l’Eglise pour leur formation et ce que représente la vocation sacerdotale pour l’Eglise et le monde. Comme prêtres, nous sommes appelés à relire l’histoire de notre vocation et à redécouvrir la beauté du ministère du prêtre de sorte à raviver la flamme de notre engagement au service du peuple de Dieu. Comme prêtres, nous avons la lourde responsabilité d’être intendants des mystères de Dieu et d’être l’image du Bon Pasteur au milieu du peuple de Dieu.
Quant à nous, peuple de Dieu, le jubilé du Petit Séminaire de Pabré est un appel à prier et à soutenir cette institution pour qu’elle continue à jouer son rôle pour notre Eglise et pour notre monde. Nous pouvons aider, avec nos modestes contributions, le Petit Séminaire dans la formation des futurs prêtres.
Tout comme Mgr Joanny THEVENOUD avait envoyé les trois premiers prêtres pour porter la Bonne Nouvelle à notre Eglise, les évêques qui ont succédé à Mgr J. THEVENOUD ont poursuivi la même mission. Ainsi Mgr Emile SOCQUET, le Cardinal Paul ZOUNGRANA, Mgr Jean-Marie COMPAORE, le Cardinal Philippe OUEDRAOGO et enfin Mgr Prosper KONTIEBO continuent d’envoyer les prêtres vers leurs frères et sœurs. C’est ainsi qu’au cours du Conseil Pastoral de la semaine dernière et du presbyterium qui s’achève ce soir, nous avons écouté des communications qui ont abordé des questions liées au christianisme et aux traditions africaines, au dépôt de la foi chrétienne et sa transmission dans notre monde aujourd’hui, aux dispositions légales et aux implications pastorales en lien les accusations de sorcellerie, au nouveau Code des Personnes et de la Famille et les défis de la famille aujourd’hui et les repères pastoraux pour notre nouvelle année. Nous avons aussi évoqué les préoccupations liées à la présence de l’Eglise dans les réseaux sociaux et nous avons réfléchi sur comment travailler au développement et à l’auto-prise en charge des jeunes. Enfin, nous avons partagé les préoccupations liées à l’Education catholique. Toutes ces questions qui se posent à notre Eglise Famille de Dieu à Ouagadougou sont abordées dans la perspective du jubilé des 125 ans de l’arrivée des missionnaires dans notre Archidiocèse en 1901. En effet, le 25 juin 1901, les pionniers de la mission à Ouagadougou ont été les Pères Guillaume TEMPLIER, CHOLET, Pierre CANAC, BARBE, COUSIN et DUPUIS. En fidélité avec ces Pères dans la foi, notre Eglise Famille de Dieu veut continuer à annoncer la Bonne Nouvelle aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui en relevant les nombreux défis de notre société. En revisitant l’histoire de l’évangélisation de notre Archidiocèse et à la lumière du sacrifice des missionnaires, nous voulons repartir du Christ pour être des porteurs de l’Evangile avec plus enthousiasme et plus de passion à notre monde. C’est à la lumière de tout cela, que notre Père de famille propose que nous puissions en partant du jubilé des 125 ans de notre Archidiocèse, rendre grâce au Christ et en repartant du Christ, fondement de notre foi, porter l’espérance à notre monde qui manque d’espérance. C’est pour toutes ces raisons que le thème d’année a été ainsi formulé : « 125 ans de l’Evangélisation à Ouagadougou : rendons grâce au Christ, fondement de notre foi et de l’espérance du monde ». « Wogdog Tigung-rooga yuum 125 yînga, d pêg Krista, sên yaa tônd têeba yêgre la dûni saagre ».
Notre Père de famille a estimé qu’en tenant compte de notre cheminement pastoral et des nombreux défis de notre Archidiocèse, nous allons construire un projet pastoral qui s’étale sur trois ans en attendant que la Conférence Episcopale Burkina-Niger puisse donner de nouvelles orientations pastorales après la célébration des 125 ans de l’évangélisation de notre pays. En effet, au regard des multiples réalités des diocèses de notre Conférence Episcopale Burkina-Niger et de l’impact de la crise sécuritaire, sans oublier le retard mis par le comité bilan dans l’évaluation des options fondamentales de 1977, du synode national et des plans stratégiques, il est difficile que nous puissions avoir des orientations pastorales communes immédiatement pour un nouveau départ après la célébration du jubilé des 125 ans de l’évangélisation de notre pays. C’est pourquoi l’Archevêque nous invite à nous fixer deux grandes orientations en tenant compte de nos préoccupations propres pour continuer notre marche en attendant les nouvelles options pastorales. Ces deux grandes orientations concernent d’une part les questions liées à la vie et au ministère des prêtres, à leur témoignage de vie, à la fraternité sacerdotale parce qu’avant d’être un message à transmettre aux autres, les prêtres doivent vivre et incarner le message qu’ils ont à transmettre. D’où la nécessité du témoignage de vie. Et d’autre part, la deuxième orientation veut prendre en charge les préoccupations des fidèles laïcs dans leur vie de foi et les nombreux soucis autour de la famille chrétienne. Notre Père de famille a déjà consulté les prêtres sur la vie du diocèse et plusieurs aspects de sa réorganisation mais il entend élargir la consultation en écoutant les religieux, les religieuses et les fidèles laïcs afin que chacun puisse apporter sa pierre pour aider dans la construction de la famille diocésaine. Comme dates importantes de notre famille diocésaine, nous pouvons retenir les informations suivantes :
-
Nous aurons la clôture du centenaire du Petit Séminaire Saint François de Sales de Pabré le 24 janvier 2026. Cette clôture du jubilé de Pabré sera aussi l’occasion du lancement du jubilé de notre Archidiocèse de Ouagadougou. Nous vivrons ce jubilé de notre Archidiocèse jusqu’en février 2027 date de sa clôture lors du pèlerinage diocésain à Yagma.
-
Lors de ce jubilé des 125 ans de Ouagadougou, Mgr l’Archevêque souhaite que nous travaillions à la création d’une nouvelle paroisse pour marquer l’évènement jubilaire comme ce fut le cas au jubilé du centenaire avec la création de la Paroisse Saint Guillaume de Tanghin.
-
Nous aurons cette année, la célébration des 90 ans de cette Eglise Cathédrale qui nous accueille : il y a des travaux de réhabilitation en cours pour permettre à l’édifice de résister au temps.
-
Nous aurons la bénédiction de l’Eglise de la Paroisse saint François d’Assise le 5 octobre 2025.
-
La semaine missionnaire de cette année aura pour thème : « Soyons missionnaires de l’espérance parmi les peuples ». Notre famille diocésaine a pu contribuer à hauteur de 140.000.000 millions pour le fond de solidarité universelle. Félicitation à tous et à chacun pour cet effort dans le soutien de la mission et pour l’évangélisation.
-
Nous aurons cette année, une année des courants spirituels. L’ouverture se fera en cette Cathédrale de l’Immaculée Conception le 12 octobre 2025.
-
La situation de la crise sécuritaire demeure toujours préoccupante et nous sommes invités à être des pèlerins de l’espérance en nous fondant sur la victoire du Christ sur la mort. En célébrant cette eucharistie, nous nous laissons interpeller par les paroles de Esdras qui présentait au Seigneur son offrande du soir en comptant sur la miséricorde divine. Nous confions cette année aussi à Dieu en comptant sur sa miséricorde. Qu’il nous bénisse, qu’il bénisse notre année et qu’il nous aide à grandir pour être témoins de sa miséricorde dans notre monde. Que Dieu nous écoute et qu’il nous exauce. Amen.
Abbé Jacques Emilien SIDIBE,
Vicaire Général chargé de la Pastorale